: : : Leçons : : Tendre ses peaux

Un tirant La plupart des tambours actuels sont munis de tirants à tête carrée. Ils nécessitent une clé spéciale à trou Une clé Une clé carré (livrée généralement avec les instruments, mais achetable à l'unité également). Ayez toujours une clé de ce type sur vous, même et surtout quand vous irez utiliser une batterie de studio, pour pouvoir tendre et régler les peaux à votre convenance (chaque batteur a ses habitudes et préférences à ce sujet).

Schéma 1

Le schémas ci-contre montre l'ordre le plus cohérent de serrage des tirants, pour un tambour à 6 tirants, afin d'obtenir une tension homogène de la peau (serrage "en étoile"). Il faut serrer d'abord le tirant opposé au premier puis le tirant opposé au second voisin du premier (à gauche ou à droite) et ainsi de suite, en veillant à tourner toujours dans le même sens. Notez qu'il ne faut surtout pas serrer à fond un premier tirant puis l'autre Cercle avec 8 tirants
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(ce qui décentrerais la peau), mais tendre progressivement à raison d'un demi-tour de clé environ par passage (cela implique plusieurs "étoiles"), en partant d'une peau détendue, les têtes de tirants touchant le cercle. La limite de détente d'une peau pour être jouée, consiste au moment où elle perd tout pli ou creux.

Pour un tambour à plus de 6 tirants, on peut utiliser un autre schémas que je recommande (mais plus complexe), qui m'a été inspiré par le système traditionnel utilisé pour la tension des toiles de peinture sur leur châssis: le système "svastika" (ou croix gammée), présenté ci-dessous.

Schéma 2

On n'est pas obligé d'utiliser ces systèmes à la lettre, mais connaître leur principe aide à éviter de grosses erreurs et problèmes (tension trop forte sur certains tirants seulement, décentrage de la peau, déformation du cercle, etc.).

Il est très important avant de serrer une peau, de s'assurer que le filetage des tirants est bien huilé et sans poussières (autrement vous ne pourrez pas les serrez à fond, et ils risquent de rester coincés). Certains instruments bas de gamme sont montés sans graisse (méfiez-vous). Une burette d'huile sera alors nécessaire, et ne vous contentez pas d'en verser de l'extérieur sur des tirants déjà vissés: il faut les démonter et les graisser sur toute la longueur du filetage, sans excès ni débordement toutefois.

Certains batteurs utilisent une clé de type "pipe" et même des visseuses électriques, pour aller plus vite. Pour ma part, je préfère le modèle standard à papillon, qui permet de bien sentir la tension. Pour gagner du temps, j'utilise au départ une clé par main (bon travail pour l'ambidextrie), en serrant deux tirants diamétralement opposés (voir troisième schémas ci-dessous). Remarquez que cela simplifie la structure pour obtenir une tension équilibrée (à condition de faire le même nombre de tours de vis et des deux mains en même temps).

Schéma 3

Pour pouvoir accorder sa peau, il est néanmoins nécessaire de se munir en fin de serrage, d'une baguette d'une main, pour tester correctement la note, et d'une clé de l'autre main.

La répartition des notes fondamentales (note la plus audible) sur un diamètre de la peau est un peu comme la répartition sur une corde d'instrument à corde: il y en a une infinité qui descendent et montent progressivement (la note la plus grave étant au centre, et la plus aiguë, au bord, au plus près du cercle). Il faut donc, pour pouvoir comparer auditivement les tensions entre chaque paire de tirants diamétralement opposés, frapper à une même distance arbitraire du bord (sauf le centre évidemment). Le plus près du bord et d'un tirant est le mieux, pour isoler le son. Vous verrez qu'un réglage (ou "accordage") précis implique une précision au quart de tour de clé au plus.

Certains batteurs accordent leur tambour comme un instrument traditionnel harmonique. Pour ma part, je trouve cela un peu idiot, compte tenu du fait que suivant l'endroit où l'on frappe la peau (qui ne peut être identique, à cause des passages et de la frappe des deux mains), la tonalité (ou "fréquence " sonore) sera forcément différente. Notez aussi que la distance de l'auditeur influe sur la perception de cette note fondamentale, surtout pour un instrument à timbre et forme (et donc déploiement spatial du son), si complexe que le tambour (classiquement, il est admis en musique européenne qu'un tambour n'a pas de tonalité précise). La force de frappe enfin, agit aussi sur la mise en avant de telle ou telle tonalité (un coup fort fera ressortir les aigus). Enfin, le temps joue également car les tonalités graves se propagent plus loin et pénètrent mieux les matériaux que les tonalités aiguës (on entends donc d'abord les aigus puis progressivement une résonance de plus en plus grave).

Système de tension à double serrage
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Notez que chaque peau peut résonner par sympathie, et d'autant plus que sa tonalité fondamentale se rapproche de la peau frappée, ce qui contribue à brouiller la tonalité de base suivant le nombre de tambours du set. Il est possible d'accentuer considérablement la résonance d'un tambour en accordant les deux peaux (de frappe et de résonance), à la même note fondamentale (elles vibreront alors, "en résonance", s'entraînant l'une l'autre). Mais il est assez logique de se servir de la spécificité du double serrage, en tendant plus la peau de frappe (pour qu'elle résiste aux chocs, et donne une attaque plus précise) que la peau de résonance (pour donner du "coffre"), ce qui donne ce son de glissando rapide, si typique des toms de batterie.

Je conseille une méthode très pratique pour étouffer l'une ou l'autre peau sans la démonter, lors de l'accordage (qui m'a été inspirée par Dave Weckl). "Démontez" votre tambour de son set (sortez le de son pied ou de son attache), et placez la peau à étouffer sur votre genou (il faut être assis). On peut aussi taper avec la clé sur la peau, pour écouter sa tonalité, mais c'est plus ardu à entendre.

Sachez que plus vous tendrez une peau, plus elle sera résistante à la frappe et plus votre baguette aura un rebond important et précis, car la peau sera alors plus élastique et moins influençable par les vibrations parasites (venant de la peau de résonance surtout). Par contre, le son du tambour sera plus sec et moins contrôlable. C'est pourquoi en matière de réglage de peau, il n'y a pas de panacée, et que c'est finalement souvent le "goût" qui va l'emporter dans la décision finale, ou la prédilection pour tel ou tel type de frappe (grande tension pour faire ressortir les dynamiques et les rebonds, ou tension faible pour un jeu plus plat et en frisé "martelé", par exemple). En ce qui me concerne, je tends assez fortement (mais pas à l'extrême) ma caisse claire, et détend presque au maximum mes toms et ma grosse caisse. Cela permet d'accentuer les caractéristiques naturelles des différents types d'instruments et ainsi d'avoir un kit très "contrasté" et expressif, dans son ensemble. C'est le type de réglage qui est communément utilisé en rock (les jazzmen tendent généralement tous les tambours à fond, pour favoriser les frappes avec rebond, les dynamiques voire les accidents, intéressants pour l'improvisation).

Je terminerais ce chapitre en disant que les principes fondamentaux édictés ici sont valables pour tous les tambours (même les digitaux).

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Marc de Douvan

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