Cette leçon fait suite à la leçon 6, « La dissociation des frappes » et ne peut être abordée qu'après avoir acquis la maîtrise du jeu dissocié. Il s'agit de techniques gestuelles extrêmement pointues initiées par les grands batteurs virtuoses des années 1970, 1980 (Elvin Jones (John Coltrane), Tony Williams (Miles Davis), Ian Paice (Deep Purple), Steve Gadd (Al Jarreau), Dave Weckl (Chick Corea, Michel Camilo, Madonna), Vinnie Colaiuta (Sting, Franck Zappa), Dennis Chambers (John Mac Laughlin)).
Ces techniques permettent de quasiment doubler la fréquence des coups avec un seul membre (roulement à un membre), amoindrir la fatigue, gagner de la puissance et obtenir une maîtrise totale des dynamiques (notamment l'accent sur le deuxième coup d'une note doublée (« shuffle ») ou obtenir une régularité (« propreté ») absolue des coups d'un roulement classique (« papa-maman ») à très grande vitesse).
Tous ces gestes sont à extrapoler avec presque tous les « rudiments » (voir leçon 5), que je ne répéterais pas ici.
Notez toutefois que dans le cadre de polyrythmies, ils peuvent aussi être employés (notamment pour le chabada binaire ou l'imitation du surdo à la grosse caisse).
Pour ma part, je n'utilise plus les rebonds que pour des roulements très serrés, et les frappes identiques doublées pour un tempo très lent (je fais tout le reste avec des frappes alternées (voir ma démo vidéo)). Il est d'ailleurs intéressant de travailler des roulements en passant d'une technique à une autre, suivant l'intensité sonore voulue (rebonds pour le jeu pianissimo, poignet/doigts pour un jeu piano, bras/doigts pour le mezzo forte et poignet/bras pour le forte (voir le roulement d'introduction de ma démo avec decelerando et crescendo conjoint)). Mais il est tout à fait possible de marquer un accent avec une frappe apparemment moins puissante, ce n'est qu'une question de contrôle et c'est parfois utile.
Cette technique permet enfin, de passer rapidement d'un instrument à un autre du bas vers le haut, ce qui est impossible en utilisant le rebond (intéressant notamment pour passer du ping au dôme de cymbale ou à la tranche du charleston, ou d'un tom à une cymbale) ou de réaliser des accents dans une battue continue (typique du reggae sur le charleston, avec un accent toutes les croches dans un débit de double croches, très employé aussi en samba ou en R & B).
L'idée fondamentale qui sous-tend ces techniques est la reprise du concept de frisé (alternance entre deux membres, un coup par membre, en essayant d'avoir le même son, pour donner l'impression que l'on joue deux fois plus vite), mais alternant ici deux frappes dissociées (exemple : frappe de l'avant-bras (impulsion de l'arrière-bras) et frappe du poignet (impulsion de l'avant-bras)).
Pour ce faire, il faut dans la mesure du possible « armer » une articulation quand l'autre frappe (dans un frisé, on lève dans un mouvement symétrique un membre, dans le même temps que l'autre frappe).
Les positions décrites ici sont donc quelques peu différentes de celles de la frappe dissociée, mais seule (leçon 6, déjà citée). C'est pourquoi j'ai décomposé le geste de succession entre deux frappes d'un même membre, en plusieurs moments remarquables, appuyés par de nouvelles photos illustratives et des commentaires descriptifs.
Enfin, acquérir ces techniques demande beaucoup de concentration et de patience, mais le résultat en vaut vraiment la peine (pour les raisons énoncées au début, car aucune autre technique ne permet ces résultats spectaculaires et de plus en plus de batteurs les maîtrisent), alors ne vous découragez pas trop vite si vous ne les contrôlez pas tout de suite, ce ne serait que très normal.
A l'apogée de la levée, le poignet est encore cassé vers le bas et la baguette décollée de la peau. Nous sommes ici dans une position proche de la frappe, où le poignet amorce sa levée et où le bras a amorcé sa descente. Notez la position du pouce vers l'intérieur ici, pour lui éviter le choc de la frappe (surtout que la frappe des doigts oblige cette position inconfortable du pouce, raison de plus pour le ménager ici (l'articulation d'un doigt, c'est fragile (voir à la rubrique « santé : blessures»))).
Quand la baguette touche la peau, le poignet n'est pas tout à fait levé pour des questions de positionnement par rapport à la peau de caisse claire. Ce problème n'existe pas avec le charleston, où l'on peut taper la tranche avec le bras en ayant la levée maximale du poignet.
Le bras n'a pas amorcé sa levée et le poignet termine la sienne.
La levée du bras atteint son apogée quand la baguette touche la peau grâce à la « cassure » du poignet.
Le poignet sera ici toujours « cassé », pour permettre la frappe des doigts. En position haute, la main est fermée (doigts serrés sur la baguette). Notez que le pouce est ici aligné pile au dessus de la baguette, contrairement à la position de poignet de l'alternance précédente, pour permettre encore une meilleure frappe des doigts.
Quand la baguette touche la peau, les doigts on à peine amorcés leur ouverture pour lever la baguette (encore à cause de l'ergonomie de la caisse claire).
Le bras est toujours en position basse. Profitez de l'énergie donnée par le rebond, la pince étant ici très libre. Le pivotement du pouce par rapport à l'index peut aider à propulser la baguette en arrière.
Le bras amorce sa levée tandis que la baguette touche la peau par l'action du resserrement des doigts sur la baguette (en fait, ils se relèvent pour faire s'abaisser la baguette par un mouvement de pivot au niveau de la pince « pouce/index »).
Comme précédemment, les doigts sont resserrés sur la baguette, lors de l'apogée de la levée du poignet (par cassure évidemment, ce n'est pas le bras qui se lève).
Les doigts amorcent une ouverture quand la baguette touche la peau.
En ouvrant la main et en utilisant le rebond, le pouce et l'index.
En serrant brutalement les doigts sur la baguette, le poignet amorce sa levée.
Par l'action de la levée de la jambe entière et non de la pointe du pied. Notez que le pied ne quitte jamais la pédale, pour éviter une frappe parasite du pied contre la pédale et un ralentissement inefficace.
En tendant la jambe (les genoux intervient ainsi que la hanche, pas de mouvement du pied qui doit être ici « bloqué » par une action antagoniste des muscles).
Cette dernière technique, variante de la première, permet un jeu extrêmement rapide, mais est aussi très fatigante. Je conseille de la réserver pour le jeu rapide seulement (triolets de double croches, triples croches, etc.), et d'utiliser le geste précédent pour des tempos medium ou lent (doubles-croches, etc.).
Le talon est ici au plus bas pour ce geste, mais décolle quand même de la pédale.
Marc de Douvan, juin 2006
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