La samba est un polyrythme et une danse associée (le mot " samba " vient du mot africain " semba " qui veut dire " coup de nombril " en Bantou), sur une mesure globale à 2 temps (2/4), scandée par deux surdos (gros tambour joué par une batte), le surdo aigu marquant les temps forts (les premiers) et le grave, les faibles (les deuxièmes), ce qui est typiquement africain (l'inverse du rock et de la batterie européenne en général). Certains instruments ont une figure de base cyclique à 1 temps (4 coups ou 4 doubles croches avec accent sur les temps) comme les shakers (ganza, chocalho, etc.), le reco-reco ou le triangle, mais la plupart ont une phrase de base à 4 temps voire 8 (apito (sifflet)).
A écouter : Extrait audio interactif à 15 voix
Notez que la samba possède un pas de danse de tradition africaine, très courant, mais se danse en chaussures à talon aiguille, pour profiter du glissement des semelles en cuir sur un sol lisse (parquet, asphalte) : une hybridation culturelle d'une simplicité et d'une efficacité géniale, à mon avis, qui associe deux fois deux extrêmes culturelles (Europe et Afrique, invention récente (moins d'un siècle pour le talon aiguille) et des plus anciennes (pieds nus !)).
La samba est aussi certainement une des plus anciennes formes musicales typiquement brésilienne, grâce à un métissage afro-amérindo-portuguais (malheureusement souvent forcé par les colonisateurs et maîtres esclavagistes, pour anéantir les communautarismes et identités culturelles spécifiques et multiples, des esclaves et autres classes sociales pauvres du Brésil, et ainsi, les réunions et nationalismes dissidents qui pouvaient s'ensuivre).
La forme, les rythmes, techniques de jeu et mélodies furent sûrement classisées par un long processus spontané et issu d'une pratique amateur destinée d'abord à perpétuer la culture africaine dans des cercles secrets voire rebelles (capoeira, afoxe, maracatu, etc.), puis dévolue presque exclusivement au carnaval, avec prêt d'un siècle de pratique pour atteindre à mon avis une apogée dans les années 1950, dont le chef et l'école (dans le sens de " doctrine artistique ") de samba Padre Miguel sont sûrement les plus emblématiques, virtuoses et créatifs (mais on date souvent l'apparition de la samba aux années 1920, avec les premiers carnavals officialisés).
Concentrée surtout à Rio de Janeiro, dans ses favelas (quartiers pauvres, " bidonville ", qui existe malheureusement encore aujourd'hui), cette musique brésilienne possède une sophistication jamais atteinte historiquement, à ma connaissance (et j'ai étudié beaucoup de polyrythmes traditionnels du monde entier et de l'histoire entière (connue)), sur le plan polyrythmique, c'est-à-dire du nombre de voix rythmiques différentes pouvant se superposer en même temps.
En effet, non seulement chaque instrument possède une figure de base différente des autres, mais en plus, chaque musicien du groupe (qui peut réunir couramment plus de cent musiciens défilant ensemble, au carnaval de Rio) est sensé improviser !
Si le résultat n'est pas cacophonique, c'est grâce à une hiérarchisation très ingénieuse des figures de base suivant le timbre, la puissance, les contraintes de jeu et la hauteur naturelle des instruments utilisés, mais aussi par un système de limitation de l'improvisation, qui hiérarchise, après la figure de base, des " variations courantes ", différentes pour chaque instruments, voire des variations secondaires ou tertiaires, qui varient juste de quelques notes et se complètent les unes les autres, pour reformer une nouvelle phrase de base, somme des précédentes et également bien pensées. L'improvisation ici se limite plus à un choix qu'à une réelle invention personnelle.
C'est pourquoi il m'a paru intéressant de présenter la samba en exploitant deux spécificités d'Internet : le multimédia et l'interactivité.
Pour ouvrir l'animation dans une nouvelle fenêtre, cliquez
ici.
Attention: le chargement de la page (6,5 Mo) peut prendre quelques instants; merci de patienter!
En effet, vous allez pouvoir choisir les instruments et rythmes que vous désirez entendre, simplement en cochant au préalable les cases correspondantes avec un clic de souris, puis en lançant le morceau (qui dure seulement 8 mesures 4/4 (à 4 temps), sans compter la figure de démarrage, qui dure une mesure).
Vous pouvez tout simplement choisir un seul instrument pour l'isoler du reste (sinon, il est parfois inaudible, vu la qualité sonore, qui ne peut égaler la réalité).
Vous pouvez aussi choisir de tout sélectionner (15 voix et 14 instruments différents). Seul le tamborim est en double car il possède classiquement deux figures de bases complémentaires dont la deuxième est identique à la première mais décalée (sûrement inspirée par un accident).
Je donne également un exemple de batucada de rue (de " enredo ", défilé, carnaval) complète, en supprimant juste les deux instruments les moins sonores, et donc moins employés dans ce contexte (pandeiro (tambourin avec cymbalettes) et triangle).
Je propose aussi 2 exemples typiques (absolument pas limitatifs) de formations réduites harmonisées, avec des instruments adaptés à la diminution du volume sonore ainsi induit.
Le "pagode" désigne une musique conviviale, jouée traditionnellement pendant ou après un repas, dans un café ou sur la plage, et donc avec des instruments à faible volume sonore pour ne pas masquer la voix du chanteur ou le son des guitares acoustiques, et pouvant se jouer assis. Cela donne une couleur très particulière, intimiste, si propre au cabaret et aux chansons sentimentales et mélancoliques, qui inspirèrent sûrement la " bossa-nova " des années 1960.
L'avantage de l'interactivité, enfin, est qu'elle permet des milliers de combinaisons de voix différentes, qu'il aurait été impossible de présenter une par une, sans cela. C'est de plus une manière très fréquente d'arranger la musique brésilienne, un peu comme si on piochait parmi des ingrédients déjà sophistiqués pour composer une recette définitive.
Marc de Douvan, février 2006.
© 2006 Marc de Douvan Crédits Mentions légales